Avis de Adam Craponne : "L’Algérie française sans fin à travers une riche iconographie"
Ce livre, avec pour sous-titre Un historien face au torrent des images, sort alors que le début de l’insurrection nationaliste algérienne sera à sa soixante-dixième année de commémoration. Benjamin Stora est né le 2 décembre 1950 à Constantine en Algérie , et on lui doit un nombre impressionnant d’ouvrages autour de l’Algérie coloniale.
L’ateur analyse ici tant les images (photographies ou films documentaires) de l’Entre-deux-guerres aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale,l’époque du conflit que le cinéma documentaire ou fictionnel des années qui suivent l’indépendance. Les questions majeures sont évidemment de réfléchir en quoi la relecture de tous ces documents iconographiques permet de mieux approcher la réalité du conflit et des discours tenus par divers points de vue sur celui-ci et pourquoi les Français les plus concernés (témoins encore vivants ou descendants de pieds-noirs, de harkis, d’immigrés, de militaires) s’intéressent si peu à ces documents.
Dans son introduction, Benjamin Stora écrit: « La première partie de ce livre traitera d’abord de profusion des photographies, les "images fixes" avant, pendant et après la Guerre d’Algérie. (…) Nous verrons d’abord les images qui documentent le pays réel ou fantasmé, par les cartes postales, ou les images de voyageurs au temps colonial avant la guerre, nombreuses , seront traitées surtout à partir du stock d’images construit par l’armée à des fins de propagande, mais aussi à partir des photos prises par les appelés eux-mêmes, ou des Algériens anonymes. On verra la séparation des cinémas de fiction par les communautés de mémoires touchés par cette séquence, mais aussi la séparation d’une rive à l‘autre de la Méditerranée entre cinéma français et cinéma algérien. Sur quelques-une des ces films de fiction, j’ai travaillé comme conseiller historique et une interrogation porte aussi sur ce statut particulier de chercheur. Enfin, la troisième partie s’intéressera à la fabrication des documentaires sur la guerre d’Algérie et aux années de l’après-indépendance. Cette fois, il sera question essentiellement de mon propre travail d’historien devenu progressivement documentariste, travaillant sur les images animées, et des difficultés rencontrées dans la construction d’un récit historique par le biais des images » (pages 18-19).
C’est avec reconnaissance que nous trouvons une double-page offrant les productions essentielles commentées dans l’ouvrage. Celles-ci sont classées chronologiquement et cela va de l’interdiction en 1957 du film L’Algérie en flammes de René Vautier et un documentaire Janvier en 1959 du célèbre magazine télévisuel Cinq colonnes à la une jusqu’à deux productions pour le petit écran, dont Benjamin Stora lui-même est une des parties prenantes, à savoir Algérie, notre histoire datant de 2012 ainsi que dix ans plus tard C’était la guerre d’Algérie. On apprécie également l’index des noms de personnes et la bibliographie.
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